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Aspettando le elezioni europee, uno sguardo al centro-est

Elections pour le Parlement européen : le défi de la participation
Par Pierre VERLUISE (Docteur en Géopolitique, Chercheur à l’IRIS. Pierre Verluise a récemment publié : 20 ans après la chute du Mur. L’Europe recomposée, Paris, Choiseul, 2009 et Fondamentaux de l’Union européenne. Démographie, économie, géopolitique, Paris, Ellipses, 2008), in Diploweb.com, le 2 mai 2009
Un exemple : la gestion médiatique de l’élargissement
Au milieu des années 1990, nombre des pays d’Europe centrale et orientale posent leur candidature pour une adhésion à l’Union européenne. Cette perspective paraît lointaine et les médias n’assurent pas un suivi régulier et approfondi des réalités vécues par ces candidats. Résultat, jusqu’au début des années 2000, le grand public n’a pas une idée très précise des pays concernés.
Quand la perspective de l’adhésion de 10 nouveaux États se profile pour 2004, une préparation accélérée des opinions publiques s’impose. Les méthodes utilisées sont significatives. Certains journalistes s’en rendent compte et, mieux encore, l’expliquent. Philippe de Casabianca le fait dans La Quinzaine européenne [7] datée du 21 juillet 2003, sous le titre : « Élargissement. Dormez bien, tout va bien… ». Le sous-titre précise : « Soucieux d’effacer les dernières craintes de populations mitigées quant à l’adhésion de dix nouveaux membres, plusieurs États, dont la France, peaufinent leur campagne anti-stress. » Le journaliste évoque une campagne de « séduction » pour un avenir « radieux », visant à « démonétiser toutes les angoisses » que le nouvel élargissement suscite chez les ressortissants des Quinze. La Commission a donné l’exemple. « De Bruxelles, on a reçu [dans les rédactions] des propositions d’histoires prédigérées, avec photos, vidéos et textes à l’appui, de quoi ajouter à la grisaille des chiffres et des critères d’adhésion, la couleur des nouveaux membres de l’Union, de quoi aussi rester dans le sillage du discours officiel rassurant : plus il y a de couleurs, plus riche est la palette. »
Philippe de Casabianca étudie ensuite « la campagne marketing concoctée pour le gouvernement français par une agence de publicité ». Tous ceux qui ont suivi depuis les années 1990 la mise en œuvre de ce nouvel élargissement savent que Paris a parfois manqué d’enthousiasme. Pourtant, la Commission européenne « donne son patronage à cette campagne, […] qui fait rejaillir sur la France une bonne partie des mérites de l’élargissement et qui cite le traité de Nice comme un succès. Pour bien convaincre les citoyens que leurs craintes vis-à-vis de cet événement sont dépourvues de fondement, la campagne française a décidé, sans grande originalité au demeurant, de le présenter comme parfaitement logique, car s’inscrivant dans le cours de l’histoire, de la raison et de la recherche du bien commun. Avec l’élargissement, historique ne veut pas dire seulement exceptionnel mais aussi inéluctable. »
On ne sait plus s’il faut parler de « fin » ou de « sens de l’histoire », de « marketing » ou encore de « vulgate » comme le fait P. de Casabianca. De fait, l’année 2003 voit s’affirmer une vision téléologique de l’élargissement. Celle-ci chasse le politique, mais on peut craindre qu’il ne revienne ultérieurement, et pas dans sa version la plus respectable.
Quels sont les effets de l’élargissement de l’UE sur la participation ?
L’élargissement de 2004 produit-il le coup de « baguette magique » tant attendu pour mettre fin au « déficit démocratique » de l’Union européenne ? Nullement, puisque l’élargissement du 1er mai 2004 ne suscite par d’augmentation de la participation aux élections pour le Parlement européen. La courbe de tendance indique que – depuis 1984 – les électeurs européens boudent de plus en plus cette élection. Alors que le rôle de cette institution ne cesse de croître. La participation tombe ainsi de 63% en 1979 à 45,7% en 2004. Soit une chute de 17,3 points de pourcentage en 25 ans. Pour la deuxième fois consécutive, la participation reste inférieure à 50%. Par rapport à 1999 (49,8%), la participation perd 4,1 points de pourcentage.
On trouve seulement 3 nouveaux membres sur 10 dans le groupe des 10 États de l’UE-25 dont la participation est supérieure à la moyenne de la participation lors du scrutin de juin 2004 (45,7%). Par ordre décroissant, il s’agit de : Malte (82,37%), Chypre (71,19%) et Lituanie (48,38%).
La situation semble encore plus inquiétante dans les 7 autres nouveaux États membres où la participation est inférieure à la moyenne communautaire. Tous sont des pays marqués par plusieurs décennies de communisme. Il s’agit, par ordre décroissant des pays suivants : Lettonie (41,34%), Hongrie (38,5%), République tchèque (28,32%), Slovénie (28,3%), Estonie (26,83%), Pologne (20,87%) et Slovaquie (16,96%). Il importe également de relever que le plus peuplé des nouveaux membres – la Pologne – affiche une participation particulièrement faible. Cela signifie que dans le pays qui pèse près de la moitié du poids démographique de l’élargissement de 2004, à peine plus d’un électeur sur cinq a pris le chemin du bureau de vote pour sa première participation à l’élection du Parlement européen. La Slovaquie fait encore pire, il est vrai, avec la participation d’un électeur sur six…
Ainsi, la faible participation de la plupart des nouveaux États membres contribue à faire chuter la moyenne communautaire. Alors que dans l’ex-UE-15 la participation est quasi-stable entre 1999 et 2004, la moyenne de la participation dans les 10 nouveaux États membres est très faible : 26,92%. C’est ce résultat qui tire vers le bas la participation à l’échelle de l’UE-25. Dans l’histoire communautaire, seul le Royaume-Uni avait déjà fait moins : 24%, en 1999.
Dans une étude publiée par la Fondation Robert Schumann, Corinne Deloy et Dominique Reynié écrivent : « Le succès d’une élection, c’est à dire le niveau de participation, requiert la satisfaction de quelques conditions minimales parmi lesquelles la clarté des enjeux, l’existence de règles communes et compréhensibles, un pluralisme maîtrisé, un débat public polarisé ou encore la mise à disposition d’une information minimale pertinente. Pas une de ces conditions n’aura été satisfaite lors des élections européennes de l’année 2004. Le retrait des électeurs ne saurait nous étonner. Faute de savoir tirer les leçons de ce grand ratage démocratique, le Parlement européen verra sa légitimité s’éroder au risque d’annihiler finalement les progrès qu’il a pourtant su accomplir depuis sa création. » [8]
Après leur adhésion le 1er janvier 2007, la Bulgarie et la Roumanie votent pour choisir leurs députés européens. En Bulgarie, le 20 mai 2007, le taux de participation atteint 28,6%. En Roumanie, le 25 novembre 2007, le taux de participation est de 28,8%. Certes, ces chiffres sont supérieurs à la moyenne de la participation des 10 pays entrés en 2004 (26,92%), mais chacun conviendra que le sixième élargissement – pas plus que le cinquième – n’apporte de solution magique à la faible participation aux élections pour le Parlement européen.
Si les pays d’Europe centrale et orientale venaient à prendre l’habitude, comme le Royaume-Uni, d’une participation moyenne inférieure à 37%, cela deviendrait une véritable difficulté pour la légitimité du Parlement européen. Or, l’Autriche démontre qu’une adhésion récente peut rapidement déboucher sur une participation modeste. Ce qui sonne comme un avertissement pour la prochaine élection du Parlement européen, en juin 2009…
… Compte tenu du retard déjà accumulé dans les pays de l’ex-UE-15, des héritages du soviétisme dans les pays d’Europe balte, centrale et orientale comme des efforts à poursuivre pour lutter contre la corruption dans l’Union européenne élargie, l’ancrage de pratiques véritablement démocratiques dans l’UE constitue un véritable défi pour les prochaines décennies. L’Europe communautaire aurait, notamment, tort de ne pas se donner tous les moyens de lutter contre la corruption, parce que la réputation parfois peu flatteuse des partis politiques a un effet indirect sur le projet communautaire. Lors des élections et référenda, qui d’autre que les partis politiques peut porter les projets européens sur la place publique ? Le discrédit de certains hommes politiques pourrait avoir un effet négatif sur le projet communautaire. Copyright Verluise-avril 2009/www.diploweb.com
[7] Groupe Dernières nouvelles d’Alsace, DNA
[8] Corinne Deloy et Dominique Reynié, « Les élections européennes 10-13 juin 2004 », Paris, Fondation Robert Schumann, 2004.

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