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Leggere lo Yiddishland

Leggi tutto in Piotr Smolar, Dans un monde perdu, Le Monde, 2  novembre 2010
Elle monte en effluves de chaque page tournée, la mélancolie ! Elle irradie les chapitres de ce livre – SUR LES TRACES DU YIDDISHLAND, d’Alain Guillemoles. Les Petits Matins, 194 p., 27 € – consacré à un monde délavé, largement englouti, “comme l’Atlantide” : le Yiddishland. Un monde sans périmètre précis, autrefois réparti sur plusieurs pays au centre de l’Europe, si foisonnant à l’orée du XXe siècle, qui vit naître le sionisme. “Il n’est pas facile d’explorer un vide”, dit l’auteur, Alain Guillemoles, en maniant l’euphémisme. Il y rappelle ce fait démographique : “Dans les années 1930, les juifs ont représenté de 30 % à 70 % de la population des villes de Pologne ou d’Ukraine de l’Ouest. En tout, 11 à 12 millions d’habitants.”
Journaliste à La Croix, Alain Guillemoles connaît bien ces contrées d’Europe orientale et de l’ex-URSS, en particulier l’Ukraine. Dans cet ouvrage, il satisfait un intérêt, une curiosité, autres que professionnels : familiaux. Dans la conclusion, intitulée “Au nom des survivants silencieux”, il évoque avec pudeur ses ancêtres, arrivés en France de Roumanie au début du XXe siècle, déportés au moment de la rafle du Vél’d’Hiv. Le grand-père d’Alain Guillemoles fut le seul survivant. Pourquoi est-ce important de le signaler ? Parce que l’auteur représente une génération élevée dans le silence que leur imposaient les survivants sur ces douleurs insurmontables de l’Holocauste. “Marié à une catholique, dans le sud de la France, il s’est tu toute sa vie sur ce qu’était ce monde d’avant”, écrit Alain Guillemoles. Dans ce livre qui fait justice au passé avec une certaine tristesse, il est question à la fois de redécouverte et d’oubli. Les populations vivant sur l’ancien Yiddishland sont accablées par la modernité, la crise économique, les crispations identitaires, le poids du passé. L’auteur visite les vieux quartiers juifs, à Budapest et à Prague. Il assiste au retour des juifs religieux Hassidim en Ukraine. A Lublin, en Pologne, ou bien à Lviv, en Ukraine, il rappelle le détail de l’extermination de la population juive, puis la chape de plomb tombée sur ces événements….
Transmettre une histoire – Une certitude émane du livre : le temps passe et ses dommages sont irréparables. Les murs conservent, davantage que les hommes, la mémoire des plaies et des morts. Cela dit, tout fout le camp : les hommes émigrent vers Israël ou les Etats-Unis, les murs s’effritent ou bien sont mis à bas pour faire place à des bâtiments modernes, des “salles de boxe” ou des “maisons de la culture”. Bien sûr, comme le raconte Alain Guillemoles, il reste ici ou là des héros anonymes, des hommes et des femmes obstinés qui se battent pour transmettre une histoire et une culture, au nom de leurs aïeux ou juste par humanité. Comme Dalia Epstein, en Lituanie, mémoire vivante de la présence juive dans le pays, qui “parle joliment de sa “judéité suspendue” durant le régime soviétique”. Ou bien le metteur en scène polonais Tomasz Pietrasiewicz, à Lublin, qui n’est pas juif mais consacre son travail à “mener une conversation sérieuse sur le passé”. Mais cette conversation, aujourd’hui, ressemble souvent à un questionnement individuel. Le Yiddishland existe surtout dans les voyages intérieurs.
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On l’appelait le Yiddishland. Au centre de l’Europe, à cheval sur la Pologne, la Lituanie, l’Ukraine, la Roumanie et la Hongrie, ce continent n’ayant ni centre ni vrais contours était peuplé de plus de onze millions de Juifs. Avant la Seconde Guerre mondiale, ils formaient des minorités importantes et bien établies. Puis ce continent à disparu, comme l’Atlantide. Aujourd’hui, que reste-t-il des communautés juives dans ces pays ? Comment y conserve-t-on le souvenir de leur présence ? Quel regard porte-t-on sur leur disparition ? Si des résidus d’antisémitisme subsistent, on ressent aussi de la nostalgie, de la curiosité et même une certaine idéalisation de ce passé.
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On nomme Yiddishland ce continent sans vraies frontières, en référence, bien sûr, à la langue yiddish qui unissait les communautés juives. Cette langue, née au XVe siècle parmi les communautés juives d’Alsace et de Moselle, s’est répandue auprès de tous les Juifs européens (Ashkénazes), l’hébreu étant réservé aux plus instruits. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, onze millions de personnes parlaient le yiddish, essentiellement en Pologne, Ukraine, Roumanie et Russie de l’Est. Ce fut la langue d’un peuple sans Etat et de toute une civilisation, brutalement disparue. Deux millions de personnes la parlent encore dans le monde, dont près de 40 000 en France.  

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